Mon père
Je vais essayer de me mettre un peu dans la peau de mon père pour essayer de comprendre sa réaction face à ma transition.
Mon père est né pendant la guerre, il a aujourd'hui 85 ans. Mon grand-père ayant été fait prisonnier pendant la guerre, il ne l'a connu qu'à l'âge de 4 ans à son retour de captivité.
Il a grandi en grande partie comme fils unique (son frère a 14 ans de moins que lui).
Il a fait la fierté de ses parents en devenant médecin alors qu'eux étaient issus de milieux modestes. Je pense qu'il a été un bon médecin, il s'est beaucoup investi pour ses patients, peut-être même un peu au détriment de sa famille.
Il est de cette génération ou celle juste à la charnière avec le patriarche qui dirige la famille et où tout le monde obéi sans faire de vagues. Ou du moins il aimerait l'être car c'est ainsi qu'on lui a dit que ça marchait.
Avec son éducation et son statut, il n'a pas l'habitude de remettre en cause ce qu'il pense savoir ni de se faire contredire. Depuis mon adolescence, nous sommes régulièrement en conflit car je pense et j'exprime mes désaccord avec lui. Chose qui lui est intolérable, je suis son enfant, je lui doit obéissance et exprimer un avis qui ne va pas dans le sens du sien est un manque de respect. En tout cas, c’est comme ça qu’il voit les choses.
Alors forcément ma transition chamboule tout ce à quoi il croit. Comment je peux changer de genre alors que lui qui est médecin SAIT qu'il n'y a que deux sexes. Car bien entendu il ne fait pas de différence entre sexe et genre.
En vrai, qu'il ne sache pas n'est pas grave, le problème c'est qu'il refuse d'avoir tort surtout si c'est une plus jeune que lui qui lui fait remarquer et qu'il refuse de se renseigner pour revoir ses croyances.
Le problème c’est que si je remets en cause un morceau de ce qu’il croit comme gravé dans le marbre, je pense qu’il craint que tout ce sur quoi son monde repose risque de s’écrouler. Pire, que des choses refoulées rejaillissent mais je sur-analyse peut-être un peu trop.
Depuis quelques temps, je vous dresse un portrait très noir de mon père, boomer qui se voudrait patriarche à l'ancienne, père trop peu présent, obtus mais j'ai aussi de très beaux souvenirs avec lui, par exemple, mon souvenir le plus ancien dont je me souvienne, je devais avoir 3 ans, il avait enlevé les petites roulettes de mon vélo rouge avec des gros pneu ballon blancs. Il me tenait par la selle pour que j'apprenne à pédaler dans la résidence, je m'élançais en lui disant :"tu me lâche pas papa !" alors que ça faisait déjà plusieurs mètre que je faisais du vélo toute seule. C'est pour ces souvenirs que je veux garder contact avec lui car je sais qu'au fond de lui il n'est pas que le vieux aigri qui me pourri la vie en ce moment.