Mon coming-out
Le coming-out, c'est le moment où on annonce autour de soi notre changement, la transition dans mon cas.
Coming-out social
Là c'était la partie facile, à partir du moment où j'ai fait mon coming-in (reconnaître soi-même son besoin de transitionner), je ne voulais plus rester dans le placard. Je n'ai jamais ressenti de dysphorie de genre forte mais du moment que j'avais identifié ce qui me rendait différente, me présenter en temps qu'homme devenait pénible.
Le premier à qui je l'ai annoncé, c'était un copain auprès de qui je m'étais confiée car il avait accompagné sa fille dans son parcours de transition donc je me savais en confiance. Quand je lui ai donné mon nouveau prénom, il m'a répondu :"Fiche de contact modifiée, Madame ! 😗", j'ai fondu en larmes tellement j'étais émue.
Ensuite j'ai appelé ou envoyé des SMS aux copaines pour leur annoncer. Ça a été l'occasion de reprendre contact avec certains que je ne vois pas souvent. Dans tous les cas ils l'ont bien accueilli.
Quelques jours plus tard, j'ai créé un nouveau compte Mastodon (mon principal réseau social), j'ai fait une présentation et j'ai basculé mes abonnements en arrêtant mon ancien compte avec un pseudo qui avait près de 25 ans.
Dans toutes ces interactions, je n'ai eu que des retours positif. Je me doute bien que certain.e.s n'ont peut-être pas aussi bien réagi en leur fort intérieur mais iels ont eu la décence de ne pas me l'afficher.
Coming-out professionnel
Travaillant à mon compte, je n'avais pas à faire d'annonce à mon chef ni à des collègues. J'ai juste annoncé cela aux personnes avec qui j’interagis sur la plateforme de mise en relation avec laquelle je travaille. Leur réaction a été nickelle, aucune remarque et ils m'ont immédiatement appelée avec mon prénom. Le responsable du stock m'a demandé à quel prénom il devait adresser les colis mais tant que je n'avais pas fait le changement administratif de prénom, il valait mieux que ça reste à mon deadname pour éviter des problèmes pour les récupérer. Je leur avais également demandé s'il était possible de changer mon prénom pour que je sois présentée correctement auprès des clients mais là ça posait un problème administratif car il fallait que ça soit raccord avec l'inscription de mon entreprise individuelle qui est ... à mon nom. Il fallait donc que je démarre la procédure de changement de prénom pour pouvoir mettre à jour ma société.
Auprès des clients, aucun soucis. Pour les raisons invoquées ci-dessus, j'ai encore plusieurs mois été présentée avec mon dead-name, je prenais sur moi car je n'avais pas envie de rentrer dans la discussion de la transition avec quelqu'un que j'allais voir quelques dizaines de minutes et sans doute jamais revoir après. Pour mes clients directs, je leur annonce (oui j'ai encore des clients qui me recontactent alors qu'ils m'ont connus avec mon deadname) que j'ai changé de prénom et que c'est désormais "elle" et 99.9% du temps, ça s'arrête là. Il faut voir que depuis quelques mois après le début de ma transition, j'ai commencé à m'habiller en jupes de sport et t-shirt féminins et qu'avant cela j'étais déjà très souvent en kilt.
Régulièrement, j'ai même des passants qui me félicitent pour mes tenues (pourtant pas si extraordinaires au quotidien, juste une jupe de sport et un t-shirt ou débardeur). Ça fait plaisir
Bref, là aussi, un retour totalement positif.
Coming-out familial
Ici il y a eut principalement 3 temps
Ma famille nucléaire
Ici c'était facile puisque ma famille nucléaire se limite à mes enfants.
Le soir de retour à la maison de la garde alternée, avant de se mettre à table, j'ai annoncé aux enfants que j'avais une annonce à leur faire.
J'étais assez sereine car je savais que leur autre maman comme moi nous les avons éduqués avec de bonnes valeurs (j'ose espérer) et que l'homophobie et la transphobie n'étaient pas au programme. De plus quelques semaines auparavant pendant une période de vacance, numéro 2 était seul à la maison alors que ses adelphes étaient probablement chez des grands-parent et alors que j'étais en questionnement, iel était tombé sur des brochures de l'asso trans que je vois. Nous avions alors eu une discussion où je lui avais expliqué que je me questionnais et qu'iel serait serait tenu au courant si la situation changeait.
Bref je leur ai annoncé et j'ai presque été déçue de voir à quel point c'était presque une non-annonce.
La question principale étant :"mais comment on va t'appeler maintenant ? "
Ma famille étendue
À part ma sœur et mon frère à qui je l'ai annoncé par téléphone, les annonces au reste de la famille ont généralement d'abord été faites par mes parents qui avaient besoin d'en parler et l'ont dit à toustes les tantes et oncles même quand je leur avais explicitement dit de ne pas en parler :-/
J'ai eu la bonne surprise avec mon frère et ma belle-sœur de découvrir que l'autre parent d'un des enfants de ma belle-sœur avait également transitionné sur le tard et qu'iels étaient donc déjà bien sensibilités sur la question.
Ma sœur n'a pas vraiment réagi, j'ai l'impression qu'elle ne sait pas quoi en penser. D'un coté elle qui aurait adoré avoir une petite sœur est contente de ne plus être la seule fille de la fratrie mais elle a encore besoin de temps.
Je ne suis pas très attachées au reste de ma famille étendue, je vois mes cousins et mes tantes et oncles lors des réunions de famille mais je ne vais pas chercher à les voir vraiment plus souvent.
Parmi la génération au dessus de moi, en grande partie iels ne disent rien, j'ai surtout un oncle qui m'a beaucoup posé de questions, il semblait s'intéresser même si parfois ses questions étaient un peu maladroites.
Dans les cousins, j'ai eu deux types de réactions, celleux qui m'ont questionnée et qui ont chercher à comprendre et d'autres qui m'ont ghosté littéralement en pleine réunion de famille. Ça m'a blessée mais je sais que désormais je ne ferai plus le moindre effort pour eux de toute façon je pense que nous n'avions déjà plus rien à nous dire avant.
J'ai également reçu un SMS de soutien d'une cousine que je n'ai pas vu depuis 20 ans. Ça m'a fait plaisir même si je ne pense pas avoir grand chose de plus à échanger avec elle.
Mes parents
Et là c'était le gros morceau !
Je savais que ça allait être compliqué. Bien sûr j'espérais que ça se passe bien mais au fond je les connais mes parents avec leurs idées un peu réac de personnes de 80 ans.
Comme iels habitent loin de chez moi, je ne peux pas débarquer comme ça à l'improviste et comme je ne voulais pas leur annoncer par téléphone, il fallait trouver une occasion. La fin des vacances de printemps où les enfants étaient chez elleux a été ce prétexte. Je venais en voiture pour récupérer les enfants, je leur ai annoncé que j'arriverai un jour plus tôt pour plus profiter de la coupure. Comme ça, ça me laissait le temps pour que l'idée commence à faire son chemin chez elleux et qu'on puisse en reparler à tête reposée. J'avais aussi demandé aux enfants d'avoir leurs valises prêtes au cas où ça se passerait franchement mal et qu'on doivent repartir en catastrophe. Oui j'avais aussi envisagé cette possibilité.
Je m'étais faite percer les oreilles quelques semaines plus tôt et portait encore les billes de cicatrisation. C'était le seul élément plus féminin de ma tenue en arrivant, j'avais laissé mes nouvelles lunettes dans ma valise et je sur-interprétais tout. Ma mère a immédiatement remarqué sans rien dire, mon père je ne sais pas trop.
J'avais prévu de l'annoncer à l'apéro, c'est toujours à ce moment là, quand mes parents ont un verre d'alcool à la main, prêts à l'avaler pour mieux digérer que je leur fais des annonces qui risquent de mal passer. Je l'avais déjà fait quand j'ai passé le permis moto. Bref, le moment de l'apéro approche, je suis une boule de nerfs. Le moment venu, je me lance comme on le ferait la première fois qu'à la piscine on saute du plongeoir de 5m et j'annonce que j'ai une nouvelle qui va les surprendre mais qu'il faut qu'iels gardent à l'esprit que c'est une bonne nouvelle pour moi. Je leur annonce que cela fait quelque temps que je me questionne et que j'en suis arrivée à la conclusion que j'étais une femme et que j'entamais une transition. J'ai vu la sidération sur leurs visages
Mon père a été le premier à réagir :"mais pourtant tu as toujours aimé les femmes !". Mon pauvre papa. J'ai eu beau lui dire que ça n'avait rien à voir, que j'aimais toujours les femmes (je n'ai pas prononcé le mot lesbienne, ça l'aurait complètement perdu), il ne comprenait pas. Je venais de lui voler son fils.
S'en sont suivi des remarques accusant la mère de mes enfants et le roller-derby de m'avoir contaminée, des arguments à base de :"mais tu as pensé aux enfants ?" "et ta société, tu vas perdre tous tes clients avec tes conneries", j'en passe et des meilleures. Aucun argument de mon coté n'avait de chance d'être écouté à ce moment là. Par contre, j'ai fait comme c'est souvent recommandé, je leur ai écrit un mail que j'ai envoyé au moment où je leur faisais mon coming-out dans lequel je reprenais posément mes explications et mes arguments pour qu'iels puissent avoir un message clair qu'iels puissent relire une fois les tensions redescendues. Je leur expliquais entre autre que je tenais à leur annoncer en personne parce que je les aime et que je ne voulais pas perdre le contact avec eux et que ça n'étais pas quand j'allais avoir de la poitrine et en portant des robes qu'il fallait leur annoncer cela.
La suite du séjour a été extrêmement tendue, mon père m'évitait, fuyait mon regard et quand il le pouvait quittait la pièce en ma présence. Ma mère elle est venue me voir, on a discuté calmement, elle cherchait à comprendre.
Quand je suis partie, il m'a dit :"tu es mon fils et ça restera comme ça"
En conclusion
À l'exception de mes parents avec qui ça reste compliqué, je peux dire que j'ai la chance d'avoir eu autant de retours positifs sur ma transition.
À toutes celles et ceux qui vous demandez si c'est le bon moment pour l'annoncer, je ne suis pas à votre place, je ne connais pas votre contexte mais je pense que tout comme un pansement, il faut l'enlever rapidement. C'est pas forcément un bon moment à passer, mais au moins les choses sont claires et vous n'aurez pas à vous mentir face à celleux qui pourraient mal vous juger.
S'iels vous aiment, iels accepteront (à défaut de comprendre).