Ma vie merveilleuse en SSII - 7 - La mission de l'enfer

Auteurice MissBullitt Durée de lecture 5 minutes

Le projet à la SNCF s’est enfin concrétisé, c’était génial, j’avais des formations sur les dernières nouveautés de logiciel et matériel de sauvegarde top moumoute pour mener un projet de refonte du système globale de sauvegarde.

Les formations se passent et on part chez le client. Jean-Mi le connaissait bien, il y avait déjà bossé et connaissait tout le monde, moi je découvrais.

Ce qu’on n’avait pas prévu c’est qu’avec ce projet on était en fait au milieu d’une guerre de tranchées quadri-partite avec l’entité lyonnaise de notre SSII face aux lillois face au constructeur de la solution et tout le monde contre la SNCF où les gars en place (prestataires comme cheminots) freinaient des 4 fers pour garder leur petit poste tranquille.

C’était des tensions permanentes. Le chef de projet (lillois) nous racontait de la merde pour nous braquer contre le directeur de projet (lyonnais). La SSII et le constructeur se tiraient dans les pattes pour se refiler les patates chaudes et comme je l’ai dit, à la SNCF, seuls les grands chefs voulaient le projet qui avait visiblement été conclu autour d’un verre de whisky (avec un chèque ?) avec le patron de l’agence lilloise. Nous on était au milieu à se prendre des skuds de toute part.

Au bout d’un moment un collègue du CHSCT qui était sur une autre mission à la SNCF, a vu notre état et a déclenché une réunion CHSCT pour essayer de tirer les choses au clair. Il en est ressorti qu’on a fait sauter le chef de projet toxique (je n’ai jamais compris pourquoi il agissait ainsi ni qui le couvrait parce qu’il est reparti sans être sanctionné sur de nouveaux gros projets) mais le mal était déjà fait. Je me suis alors fixée une deadline pour lâcher le projet si les choses ne changeaient pas radicalement.

Le nouveau chef de projet essayait d’arranger les choses mais c’était trop pourri de partout et quand la date que je m’étais fixée est arrivée, j’ai juste poussé un jour de plus pour terminer une doc nécessaire pour ne pas trop laisser mes collègues dans la merde (j’étais l’experte référente de la solution) et un soir, je suis partie après tout le monde, histoire de rembarquer toutes mes affaires perso discrètement et de ne plus jamais avoir à mettre les pieds dans ce lieu maudit.

Le lendemain matin, j’avais RDV avec mon médecin qui n’a même pas posé de question quand il m’a vu et m’a arrêté immédiatement.

Ce deuxième burn-out m’a permit de me dire qu’il fallait que j’arrête l’informatique. Trop toxique pour moi. Pendant 2 mois, j’étais en arrêt et j’ai respecté les consignes de ne donner aucune nouvelle à mes responsables sauf mes renouvellements d’arrêt. J’aurais dû me faire suivre par un psychiatre pour être arrêtée plus longtemps, ça a été une erreur. Pendant ce temps, j’avais malgré tout pris le temps de réfléchir à ce que je voulais faire. Ça faisait un moment que je montais en compétences en mécanique vélo, c’était décidé j’allais passer mon CQP (Certificat de Qualification Professionnelle) et devenir mécana !

À mon retour dans la boite, il n’était bien entendu pas question de retourner sur la mission. J’avais fait mes calculs de ce que j’avais comme dettes (l’emprunt sur ma dernière voiture principalement) et j’ai donc été voir les RH en leur demandant une rupture conventionnelle avec ce montant légèrement majoré comme transaction. Le principe de la rupture conventionnelle leur allait mais ils n'étaient pas d'accord sur le montant de la transaction. C’était le début d’un long bras de fer.

Je suis donc retournée dans le bureau des intercontrats. Retour des longues balades à vélo sur mes temps de pause, je revenais à 14h passé avec un sandwich, j’allais prendre ma douche et à 16h je rentrais chez moi. De temps en temps un commercial me demandait de faire une simulation d’entretien, éventuellement me parlait d’une mission. Moi à plusieurs reprise je revenais à la charge avec les RH pour savoir s’ils préféraient me payer mon salaire plus la transaction ou juste la transaction. Il y avait plus de personnes en intercontrat que de places dans le bureau alors tous les lundi matin, après la réunion de début de semaine, un responsable désignait à tour de rôle celleux qui pourraient effectuer leur semaine d’intercontrat à la maison. Je suis la seule sur ces nombreuses semaines à n’avoir jamais pu en profiter. J’ai fait des demandes de formation avec mon DIF qui m’ont été refusées. Quand j’en ai pris conscience, j’ai consciencieusement rassemblé toutes les preuves pour les envoyer sur mon mail perso pour garder une trace et monter un dossier de harcèlement.

J’en étais là quand un commercial me demande de venir faire une simulation d’entretien. Ça se passe pas trop mal et il me dit :”Séleste, on voit que tu maîtrise ton sujet mais je trouve que tu manques de motivation” alors je lui ai répondu que oui, en effet, je n’étais pas motivée car 2h plus tard, j’avais RDV avec la RH pour discuter de ma rupture conventionnelle et que je ne me pliais aux simulations d’entretien que pour respecter mes obligations.

C’est lors de cet entretien après environ 3 mois à ne rien glander, qu’ils ont finalement accepté ma transaction.

J’étais libre, j’allais enfin pouvoir faire un métier qui allait redonner un sens à ma vie… enfin je le croyais.