Ma vie merveilleuse en SSII - La descente aux enfers
Les commerciaux
Oui, je vous ai déjà parlé des commerciaux mais jusqu’à présent je n’avais pas beaucoup eu à faire à eux puisque j’avais géré mes évolutions de missions toute seule.
La SSII que j’ai rejoint après se prenait l’explosion de la bulle internet de plein fouet (comme tout le monde) et les missions étaient plus difficiles à trouver. Le mot d’ordre était :”on part sur la première mission qui dit oui”. J’ai donc enchaîné des petites missions sans aucune cohérence, 3 jours à Nantes pour boucler un rapport d’un autre prestataire qui est parti sur une mission plus intéressante, t’as un bon contact, tu vas donner une formation…
Alors que j’en étais au 3ème entretien et que j’attendais la réponse pour savoir si j’étais prise sur une mission chez un grand groupe pétrolier avec déplacements en mode pompier sur des sites de production, une commerciale me contact pour un entretien à Strasbourg (j’étais parisienne à l’époque) pour un poste d’experte de production. Sur le papier, je colle mais j’essaye d’argumenter que j’attends une réponse plus intéressante mais rien à faire, je prends un avion pour Strasbourg le lendemain avec ma valise parce que si le client dit OK, je reste sur place pour commencer immédiatement. Arrivée à l’aéroport, pas de trace de la commerciale (elle venait de Toulouse). J’arrive à la joindre par téléphone :”oui, je suis désolée mais il y a une grève de [insérez excuse bidon] j’ai pas pu avoir d’avion mais on fera l’entretien au téléphone”. Génial ! Je vais donc toute seule chez le client. Je rencontre mon futur chef, un responsable sans compétence technique que n’importe qui peut baratiner et j’ai le poste. Sur le papier, je correspondais bien à la demande mais dans la réalité, le projet était de piloter le déplacement d’un site web d’un prestataire vers l’interne et c’était de la pure gestion de projet, chose que je ne sais pas du tout faire. Ce qui devait arriver arriva, rapidement je ne pouvais plus faire illusion et j’ai sauté de la mission… la veille de Noël… À 15 jours de la fin de ma période d’essai. On va me dire que j’aurais dû alerter etc certes mais j’étais loin de ma boite donc pas de contact direct facile mais surtout j’étais la 3ème presta à intervenir sur la mission et mon prédécesseur lui correspondait totalement (mais quittait la boite qui l’arnaquait sur la mobilité géographique) et la commerciale n’avait pas été capable de constater qu’on avait pas du tout le même profil.
Retour à la case intercontrat.
Je n’ai dû mon salut de me faire virer qu’à une mission d’experte sauvegarde sur laquelle j’étais trop compétente mais au moins je bossais dans mon domaine d’expertise. C’était dans une équipe de maintien en condition opérationnelle (en gros, on gère la prod), mon prédécesseur quittait la boite et il fallait le remplacer en urgence. Après quelques mois, je reçois un coup de fil d’un commercial :”Séleste, j’ai appris que tu sortais bientôt de mission” “ah ? merci de me l’apprendre” gros blanc ! Je n’avais pas été mise dans la confidence. Donc oui, j’étais clairement trop compétente pour le poste mais ils avaient besoin de rassurer le client avant le renouvellement du contrat alors ils m’ont placé là. Ils auraient pu me tenir informée et j’aurais joué le jeu, ça aurait été plus clean pour moi.
L’intercontrat continue, j’ai déjà fait tous les plans de formations en ligne que je pouvais suivre.
Je vous passe les commerciaux que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam et qui quand je viens me présenter à eux pour savoir ce qu’ils ont comme mission à me proposer me sortent :”j’ai la mission de tes rêves !”. Mais mec, tu viens de découvrir mon CV il y a 2 min, on a jamais parlés ensemble, qu’est-ce que tu connais de mes rêve ?
Une comme ça m’a fait le forcing pour partir en entretien à base de :”on a déjà un gars dans l’équipe, il a exactement le même profil que toi, il s’éclate”. Bien entendu la mission n’était pas pour moi, le gars avait le même profil… quand je sortais de l’école, j’avais 5 ans d’expérience dans des directions totalement différente de la sienne. Bref, j’ai un peu manqué de motivation pour défendre la mission que je n’ai bien entendu pas eu. J’ai quittée la commerciale en lui disant que la mission correspondait tout à fait à ce que je pensais et que ça n’était pas du tout mon profil mais que quand je serais à nouveau en mission, je l’inviterai à venir lui montrer ce que je faisais vraiment. Elle a eu l’air vexée.
Le pompon dans cette boite là ça été cette commerciale. Suite à une réorganisation chez mon client, j’étais en fin de mission et ça m’allait très bien. La commerciale m’appelle un matin pour me proposer un entretien chez un nouveau client l’après-midi. En théorie, on doit avoir au minimum 24h de délai pour pouvoir se préparer à l’entretien. Ce jour là j’étais venue en moto, habillée en cuir de la tête au pied. Je lui dit :”Josette, je ne suis pas présentable pour un entretien”, elle me répond :”c’est pas grave, je connais bien le client (aka je l’ai rencontré une fois), il est cool”. Petit échange mais elle insiste donc OK, je vais à l'entretien. Forcément en me voyant arriver, elle commence à faire une syncope. On arrive devant le client, on se présente, elle distribue “mon” CV et là je vois le titre :”DBA Oracle”, et moi Oracle j’y connais que dalle alors immédiatement je sors :”Désolée, c’est pas mon CV !” nouvelle syncope ! On fait quand même l’entretien et les gars voulaient un mouton avec tellement de pattes que j’ai quand même le poste. Je pense que ma franchise a joué en ma faveur.
Cette mission se passe de façon super bizarre. D’un coté une ambiance top dans l’équipe, on est complémentaires, on s’entraide et le soir on se retrouve en ligne pour jouer à City Of Heroes (MMORPG d’avant WoW). Les technos sont variées, tout ce que j’aime. Mais arrive un petit chef (mon N+2), surnommé Terminator car il avait la réputation d’être là pour dégraisser les équipes. Immédiatement il me prend en grippe et cherche à me mettre en faute par tous les moyens jusqu’à éplucher les logs internet (ce qui est illégal il me semble) pour me reprocher de passer trop de temps à surfer sur le web. Sauf que mon boulot était fait. Ça dure des mois, jusqu’au jour ou je refuse d’engager ma responsabilité sur une mise en prod d’une solution de contournement d’un problème car c’était du bricolage de paramètres que je ne maîtrisais pas et que je n’avais pas reçu de validation de la part de l’éditeur que ça allait pas foutre la grouille ailleurs. L’occasion était trop belle pour lui il a demander ma tête et ma commerciale préférait perdre un prestataire qu’un potentiel client. Sauf qu’ils n’avaient personne pour me remplacer (souvenez-vous qu’ils cherchaient un mouton mutant qui sache aussi bien gérer des serveur Windows que Linux ou AIX et soit capable de faire cohabiter tout ce petit monde ensemble). On me demande donc de rester un peu en poste le temps de trouver un remplaçant. Et ça dure… longtemps. Au bout de 3 mois et demis (oui je suis patiente), j’en ai ma claque et je contacte la commerciale en lui disant :“OK, on a demandé ma tête mais soit je suis incompétente et on n’a aucun mal à me remplacer, soit je fais le job et il faut reconnaître que le motif pour me virer était du bullshit. Quoi qu’il en soit, je ne peux pas rester à bosser comme ça donc soit on me rétablie officiellement sur mon poste, soit tu me trouves un remplaçant rapidement” Je suis sortie de la mission 15 jours après.
Curieusement alors que je l’avais invité à mon pot de départ, Terminator n’est pas venu.
Premier burn-out
J’avais ouvert ma gueule face à un client et là on m’a bien fait sentir que je n’étais plus la bienvenue dans la boite.
Les missions ne se précipitaient pas, rapidement on ne m’a plus laissé faire mon intercontrat à domicile, j’étais la seule qui venait tous les jours à l’agence. Je n’avais rien à faire à part faire le tour des commerciaux pour essayer de voir s’ils avaient des postes à me proposer. Mais quand on a déjà fait le tour le lundi, bah le mardi il n’y a pas beaucoup de changement.
Ils me mettaient la pression pour que je démissionne. Moi je commençais à réfléchir à changer de carrière ou avec un syndrome White Savior, je me disais que j’allais partir faire de l’humanitaire en Afrique (ou ailleurs, le plan était très flou).
J’étais en plein burn-out mais sans voir de médecin, donc pas arrêtée et encore moins diagnostiquée.
Et un beau jour, je suis convoquée par je ne sais plus quel responsable qui me propose ce qu’on appellera plus tard une Rupture Conventionnelle. On me propose ça comme une belle porte de sortie avec un chèque confortable mais je dois décider rapidement et je n’ai pas le droit d’en parler, ce genre de pratique n’est pas encore totalement cadrée. Au final, c’était surtout pour eux que c’était intéressant mais j’en avais marre de cette boite, je n’avais pas la force de me battre pour un licenciement alors j’ai accepté.