La transition
La transition
On me demande souvent (ou on se garde de me demander mais je sais que ça brûle les lèvres) :"comment ça se fait que tu transitionnes si tardivement ? Tu ne t'en étais pas rendue compte avant ?"
Pour tout dire, quand j'étais gamine et encore longtemps après, l'existence des personnes trans m'était totalement inconnue. Je savais qu'il y avait des travestis mais ça restait du domaine du show-biz pour que les gens bien pensants aillent s'encanailler chez Michou (pas le youtubeur). Ou alors c'était une déviance sexuelle. Donc dans mon monde, ça n'existait pas. Pas étonnant alors que je ne me pose pas de question quand je me trouve bizarre. Ou tout du moins, que je ne trouve pas de réponse.
Plus tard, j'ai découvert le Rocky Horror Picture Show, Je pense que c'était mon premier contact avec des personnages trans. Une copine m'en a parlé en préparant notre BAFA, j'ai adoré ce coté complètement décalé, burlesque et assumé de ne pas être la norme WASP.
Encore quelques années plus tard, c'est Priscilla Queen Of The Desert qui m'a fait découvrir des personnages attachants et le malaise qui pouvait amener à une transition.
Il y avait également le personnage de Katia dans Le Père Noël est une ordure. C'est un ressort comique du film (je n'ai pas vu la pièce) mais traité sérieusement. Même si on ne creuse pas en profondeur son personnage, on ressent de grandes blessures liées à l'époque et à la perception des LGBT dans les années 70/80.
J'ai plus tard fait la connaissance de Mme Madrigal dans Les Chroniques de San Francisco, encore une fois j'ai adoré cet univers où la différence n'est pas traité comme une tare à combattre mais comme une spécificité à cultiver.
Tous ces personnages n'ont pas été des déclencheurs mais on certainement travaillés à modifier ma perception du genre et du mien en particulier.
Plus récemment, j'ai eu des problèmes de santé relativement bénins mais qui m'ont amenée à me faire opérer plusieurs fois à l'entre jambe. Avant le diagnostique on se pose des question sur ce qu'il va falloir faire, est-ce qu'il faudra couper, combien. Bref, ces symboles de la virilité que sont les couilles et la bite ont été remis en question. Comment je vivrais d'en être (même partiellement) amputée ? Bref, j'ai cogité.
Ça n'est que récemment que je me suis mise à me questionner sur mon genre à moi. Je ne me reconnaissais plus dans les images de plus en plus viriliste que la société nous renvoyait de ce que doit être un homme. Et maintenant que j'étais beaucoup plus informée de ce qu'était la transidentité, j'ai commencé à me questionner.
Mais tout ce processus prend du temps. Il faut le digérer. J'en ai parlé à la mère de mes enfants car je trouvais que à défaut de la concerner, ça l'impliquait et sa réaction a été ultra violente pour moi. Je savais qu'elle n'avait aucun problème avec les personnes trans, mais elle a immédiatement fait un blocage car il y avait un paramètre que je n'avais pas du tout assimilé, ça n'était pas ma potentielle transition qui lui posait problème mais qu'elle ne se projetait pas dans une relation lesbienne. Notre couple vivant des hauts et des bas et étant dans une phase plutôt positive, j'ai décidé à ce moment là de préserver mon couple et la vie de famille en remettant mon questionnement de coté.
Ça n'est que 3-4 ans plus tard, après notre séparation et que je sois à nouveau prête à me mettre en couple que d'un seul coup, tout mon questionnement m'est revenu dans la tronche et je devais trouver une réponse pour pouvoir me projeter essayer de rencontrer quelqu'un.
Donc non, je ne m'en étais pas rendue compte avant, tout simplement parce que avant, pour moi, ça n'existait pas. Et ce qui n'existe pas n'est donc pas une option. Ensuite quand on a été conditionnée à être un homme pendant plus de 40 ans, il faut remettre à plat un paquet de schémas qui ont la vie dure.
Enfant, je n'ai pas ressenti de dysphorie de genre forte, je ne me sentais pas à ma place, j'avais envie d'aller jouer avec les autres filles mais j'avais bien compris que je ne pouvais pas non plus y aller donc je faisais avec.
Mais à partir du moment où j'ai eu connaissance des subtilités de genres et que j'ai entre-ouvert la porte du questionnement, il me fallait trouver un réponse et là ça devenais de plus en plus pesant de ne pas savoir.