La réappropriation de ses données

Auteurice MissBullitt Durée de lecture 7 minutes

Préambule

Ce billet a été rédigé il y a plusieurs années mais jamais publié.
Son contenu reste d'actualité, d'autant plus avec la mise en place du Patriot Act américain qui donne le droit à l'administration américaine d'accéder à toutes les données stockées sur son territoire.

Bonne lecture.

La réappropriation de ses données

Aujourd'hui, les services en ligne nous offrent tout type d'hébergement pour nos besoins. Cela va des blogs aux services complexes comme des messageries d'entreprise avec partage de calendrier et de documents. Mais cela pose deux grands débats :
1. comment ces plate-formes utilisent nos données ?
2. qu'advient-il de nos données en cas d'arrêt du service ou de modification des conditions d'utilisation ?

Dernier point, comment faire pour rester maître de ses données et de ses informations ?

Comment ces plate-formes utilisent nos données ?

L'utilisation qui est faite de nos données est très variable selon les plate-formes. Pour le savoir, rien de mieux que de se plonger dans les Conditions Générales d'Utilisation (GCU).
Pour les services gratuits ou avec un prix d'appel très attractif, il y a fort à parier que le modèle économique de la plate-forme se base sur vos données, d'où l'adage : si c'est gratuit c'est que c'est toi le produit.
Comment se fait cette monétisation ? 
Par exemple, voici un extrait des CGU de Google :

Lorsque vous importez, soumettez, stockez, envoyez ou recevez des contenus à ou à travers de nos Services, *vous accordez à Google [...] une licence, dans le monde entier, d'utilisation, d'hébergement, de stockage, de reproduction, de modification, de création d'œuvres dérivées* ...

Pour les services payants, il en va différemment. En général, ce tarif est assorti d'une garantie de confidentialité mais là encore nous ne sommes pas à l’abri de mauvaises surprises. Il est donc important de bien regarder les CGU (oui, je sais c'est long et indigeste), au moins les clauses de confidentialité et la politique de gestion des données.
Si les clauses ne sont pas claires, il y a fort à parier que cela cache quelque chose.
En général se méfier quand on nous parle des partenaires et de leur utilisation de nos données.

Globalement, si vous êtes amenés à traiter des données confidentielles (recherche, fichiers clients, factures, je vous laisse imaginer la suite), vos données doivent rester votre propriété et personne d'autre que vous ne doit y avoir accès.

Qu'advient-il de nos données si le service s'arrête ?

Une fois que l'on a accepté, de gré ou de force, ce qui est fait de nos données, vient un plus gros problème : que ce passe-t-il si le service s'arrête ou est profondément modifié ?
Oui, le plus gros risque est sans doute là.
Demain, votre prestataire annonce qu'il arrête le service que vous utilisez. Ce n'est pas de la science fiction, cela arrive régulièrement, le plus gros coup médiatique ayant sûrement été quand Google a annoncé arrêter Google Reader. Solution utilisée par des millions d'internautes, sans produit concurrent. Dans ce cas là, il n'y avait pas de perte de données pure pour les utilisateurs mais d'un outil de travail.
Le problème est là, la pérennité du service utilisé. Quelle garantie avons-nous que le prestataire sera toujours présent demain, que son service respectera ses engagements dans le futur ?

Quelle image pour les clients ou utilisateurs en cas de coupure ?

Prenons un cas d'exemple, vous avez un blog hébergé sur une plate-forme en ligne (Tumblr, Wordpress, MySpace ou autre).
Cette plate-forme fait faillite et annonce l'arrêt de son service.
Dans le meilleur des cas vous avez le temps et la possibilité de faire une copie de vos articles mais en général vous n'avez que le contenu, plus les commentaires, le flux RSS et même pire, plus l'adresse du site.
Comme vous avez récupéré les articles, vous remontez un nouveau blog en injectant (avec plus ou moins d'efforts) les contenus mais tout l'historique du flux RSS est reparti à zéro. Les lecteurs se retrouvent à récupérer des dizaines voir des milliers de billets obsolètes qu'ils ont déjà lu.
Comment les clients vont réagir à la disparition de ce blog ?
La majorité ne pouvant plus y accéder vont l'oublier, tout un pan de communication est désormais perdu.
Les plus acharnés vont rechercher et vont trouver la nouvelle adresse mais comme je l'ai expliqué au dessus, tout leur historique de lecture sera remis à zéro et là encore certains vont décrocher.


Comment rester maître de nos donnés ?

Pour rester maître de ses données, cela demande un peu plus d'efforts que de remplir un formulaire et cliquer sur "j'accepte les CGU". Mais cela nous rend la liberté de faire ce que l'on veut de ses données sans pour autant pénaliser nos utilisateurs, clients, lecteurs.
J'ai mené cette démarche de façon personnelle afin de ne dépendre qu'au minimum des services en ligne.
Tout a commencé avec l'achat de mon nom de domaine et la création des messageries associées. Cela fait maintenant près de 20 ans que je gère mes messageries à travers les services proposés par mon hébergeur.
Quand j'ai changé d'hébergeur, j'ai pu migrer le contenu des boites aux lettres, même si ça a parfois été un peu fastidieux, aucune donnée n'a été perdue et la continuité de service a été assurée.
Avec mon nom de domaine, j'ai choisi un hébergement adapté à mes besoins (messagerie inclue, volume de données mis à disposition, langages disponibles) afin d'y installer mon blog.
Étant propriétaire de ma plateforme, si je veux changer de prestataire, je peux récupérer l'intégralité de mes fichiers et des bases de données pour les déplacer chez un autre prestataire si mon besoin évolue ou si l'offre ne me satisfait plus, le tout de façon transparente pour les utilisateurs.
Pour les services cloud, j'ai poussé la barre plus loin en profitant de ma connexion fibre pour héberger ces services sur mon NAS dans mon salon.
À l'aide de la solution OpenSouce Nextcloud, j'ai accès à mes documents, mes calendriers, contacts de façon sécurisée où que je sois dans le monde.
Par le passé, j'ai également hébergé ma solution de chat de type Slack avec une autre solution OpenSouce : Mattermost.
N'ayant pas la sécurité d'une salle serveur dans mon salon, ces données sensibles sont sauvegardées sur un service en ligne, hébergé en Europe pour ne pas être sujet aux droit américain et chiffré de bout en bout pour garantir la confidentialité de mes données.

Pour un budget de fonctionnement annuel de moins de 100€, j'ai ainsi une solution cloud, chat, messagerie complète garantissant intégralement mon indépendance face aux géants d'internet et aux aléas des plate-formes web.