Clash familial
Vous l'avez peut-être déjà lu si vous me suivez sur Mastodon, le week-end dernier a été le théâtre d'une crise familiale avec mes parents.
Pour résumer la situation, mon fils faisait une colo, stage d'écriture rap à l'issue de laquelle le groupe se produisait sur une petite scène d'un café du village où sont mes parents. Nous y étions avec toute la famille, mes parents, mon numéro 2 (Even), ma sœur mais aussi une brochette de tantes et d'oncles ainsi que quelques cousines et cousins.
La représentation se passe bien, iels nous font leur 3 textes, iels assurent mais on ressent bien dans les textes le manque d'espoir qu'ont les adoes face au monde.
À l'issue de la représentation, mon père et une tante un peu reac commencent à s'emballer sur le côté sombre des textes et le fait que les animateurices auraient dû, selon elleux, recadrer les paroles pour leur donner un peu d'espoir, faire un peu plus Disney, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.
Sentant le terrain glissant, je ronge mon frein et essaye de me faire toute petite.
Jusqu'au moment où mon père me prend à partie.
Je dois admettre que je n'ai pas réussi à rester calme très longtemps et que rapidement j'ai sorti à la brochette de boomers que si les adoes aujourd'hui n'avaient pas d'espoir, c'est parce que leur génération qui avait tout eu, avait tout cramé et détruit sans se soucier du lendemain.
Bien entendu ça n'a pas plu mais je n'avais pas la force de débattre de façon stérile donc je me suis barrée.
Pendant ce temps Even tentait de se faire petit aussi et quand mon père l'a interpellé, iel a dit qu'iel était de mon avis et s'est barré également. On est rentrés ensemble à la maison, on a debriefé, bitché et je m'apprêtais à monter un épisode de podcast pour me détendre quand mes parents sont rentrés.
Immédiatement iels sont revenus à la charge, le ton est monté à base "avec tout ce qu'on a fait pour toi, tu nous dois un peu plus de respect" et des remarques transphobes de la part de ma sœur et de mon père.
À ce moment, j'ai dit à Even de faire sa valise et qu'on partait.
Je n'ai plus rien dit jusqu'à ce qu'on soit partis.
On ne pouvait pas rentrer directement car je devais récupérer les deux autres enfants le lendemain midi après leur colo donc à 23h30 on s'est mis en quête d'un hôtel.
Tout ça pour vous dire que même quand les relations familiales semblent apaisées, si la transition n'est pas totalement acceptée, il suffit d'un petit évènement pour que ça dérape.
Je le savais pour mon père, j'avais des doutes sur l'acceptation de ma sœur, c'est bon, je suis fixée maintenant.
Ce qui m'énerve le plus, c'est que je sais que si c'était ses copains ou sa filleule qui transitionnait, elle ferait immédiatement tous les efforts nécessaires pour ne pas les mégenrer et les appeler par leur prénom. Mais moi, comme je suis sa sœur, ça lui donne des droits pour me violenter.
Je vais leur écrire pour leur donner le fond de ma pensée mais j'ai encore besoin de digérer tous ces événements. Je me suis d'abord concentrée sur la préparation de ma semaine de vacances, je vais écrire des notes pour préparer mes réponses mais j'ai déjà le fond de ce que je compte leur dire. Peut-être que je vous mettrai ici les lettres quand je les aurai rédigées.
En gros, je vais leur expliquer les violences qu'iels me font subir depuis plus d'un an en me mégenrant. Que si je leur écris c'est que j'aimerais qu'on garde le contact mais que je n'accepte plus d'être appelée par mon deadname et que ça sera une condition sine qua non pour qu'on se revoit. Je leur ai laissé plus d'un an pour accueillir ma transition, j'ai été patiente mais maintenant je ne peux plus.
Je ne leur demande pas de s'investir dans ma transition ni même de comprendre. Je ne leur ai rien demandé et ne leur demanderai rien pour mes démarches administratives ou médicales. S'iels veulent être présents, je les accueillerai avec plaisir mais pour le moment je leur demande juste d'accepter ma transition et que si iels m'aiment vraiment iels fassent cet effort pour mon bien-être.